En 2020, quand tout s'est arrêté, on a vu des entreprises avec des bilans fragiles tenir bon. Et d'autres, apparemment solides, vaciller. La différence ? La capacité à lire les signaux faibles.
Une cliente dans le textile m'a appelée en mars 2020. Son ratio de liquidité était correct, autour de 1,3. Mais elle avait remarqué que deux gros clients payaient avec quinze jours de retard depuis janvier. Pas de quoi paniquer en temps normal. Sauf que ces retards représentaient 40% de son chiffre d'affaires mensuel.
On a reconstruit son tableau de bord en se concentrant sur les flux réels plutôt que sur les ratios théoriques. Ça lui a permis de négocier un crédit de trésorerie avant que les banques ne ferment les vannes.
La solvabilité, c'est votre capacité à honorer vos dettes à moyen terme. Mais dans la vraie vie, ce qui compte d'abord, c'est de pouvoir payer vos fournisseurs vendredi prochain. Les banquiers regardent vos capitaux propres et votre endettement. Vous devez surveiller votre trésorerie quotidienne.
J'ai appris à ne plus me fier uniquement aux comptes annuels. Un bilan photographié au 31 décembre peut être trompeur si votre activité explose en juillet et août. Les entreprises saisonnières vivent ça constamment — elles ont besoin d'outils qui reflètent leur réalité, pas d'une photo annuelle figée.
Et puis il y a cette obsession du ratio d'endettement. Oui, il faut le surveiller. Mais une PME qui investit dans du matériel neuf avec un prêt à 1,5% sur sept ans n'est pas en danger si ses marges sont solides. Par contre, une entreprise qui finance ses stocks avec du découvert à 8% court un vrai risque.